Archives de la catégorie ‘Eco-anthopologie’

Bon voilà venir un article sur …. mon terrain …. tatatan [musique de suspense]. Oui, je sais, j’avais dit que je ferais d’abord un article sur les rockeuses provocantes mais c’était juste pour attirer le chaland (en fait c’est que j’ai pas vraiment le temps de faire une recherche approfondie sur un sujet non relatif à mon mémoire…).

Pourquoi ce titre? Parce que dans le milieu de l’anthropologie et de l’ethnologie, le terrain est souvent vu comme une sorte de rite initiatique qui ferait de vous une vraie anthropologue/ethnologue. Ça fait pas tout non plus : il y a des tas de grands noms dans ce milieu qui ont fait très peu ou pas de terrain. D’un autre côté certains pourraient trouver que je n’ai pas encore vraiment passé mon « épreuve initiatique » puisque je n’ai été qu’une semaine (et encore) sur le terrain et que je n’ai pas réellement fait d’observation participante. D’autres considèreraient (dont moi) que les entretiens que j’ai eu avant, même si c’était avec des fonctionnaires dans leur bureau à Québec, c’était aussi « du terrain »…

Mais bon, quoi qu’il en soit aller là bas et faire des entretiens avec des Atikamekw à Wemotaci c’était quand même un moment important!

Je vais être brève pour ne pas spoiler mon mémoire de master (ah ah ah) mais les Atikamekw constituent une nation autochtone du Québec, une des « Premières Nations » (C\’est eux). Cette nation comprend 3 communautés réparties dans 3 villages ayant un statut de « réserve indienne » (on est toujours sous le coup de la « loi sur les indiens », si ça vous intéresse je vous en dirais un peu plus là dessus) : Manawan, Obedjiwan et Wemotaci, cette dernière étant celle qui m’intéresse pour ma recherche (C\’est là).

La route entre La Tuque et Wemotaci, non goudronnée et très empruntée par les camions de transport de bois (j’ai pas les chiffres mais je pense que l’exploitation du bois est l’activité économique principale de la région) Le trajet

C’était vraiment beau… Là c’est une petite rivière québécoise!

Lors de cette semaine j’ai donc fait 17 entretiens ce qui est apparemment assez exceptionnellement efficace dans le contexte. C’est-à-dire que j’avais très peu de temps, je débarquais de manière un peu imprévue et c’est compliqué de travailler avec les communautés autochtones. Dans ce genre de recherches, il y a eu tellement d’abus par le passé, et tout est tellement politique dans ce milieu, que les nations autochtones contrôlent en détail ce que leur veulent les chercheurs (ce qui n’est pas plus mal). Il a donc fallu que j’ai l’accord du Conseil de la Nation Atikamekw, de la Grande Chef (ouais c’est une femme : respect!) et du Conseil de Bande de Wemotaci (en m’engageant à leur faire vérifier mes écrits avant diffusion) avant de pouvoir faire mes entrevues. Ensuite ce qui m’a excessivement aidé, ça a été de rencontre les bonnes personnes au bon moment (donc là je vous laisse choisir : chance, hasard, synchronicité, destin – cocher la réponse qui vous convient) et ducoup c’était génial, ça aurait pas pu mieux se passer et j’ai fait des supers rencontres! 🙂

Oui mais pourquoi ce titre encore? La deuxième raison c’est le feu. Il y a un an un grand feu de forêt, provoqué par la foudre et la sècheresse a brûlé le territoire entourant le village, menaçant la communauté de Wemotaci et provoquant l’évacuation de tous ses habitants ; sauf les « Guerriers du feu » – pompiers volontaires de Wemotaci – qui sont restés pour lutter contre l’incendie. Voilà quelques images de ce paysage, les végétaux repoussent mais c’est encore assez glauque (pour comparaison, la photo au début de l’article vous donne une idée du paysage qu’il y aurait sans ce feu).

Le pont juste avant Wemotaci que l’on aperçoit sur l’autre rive avec, derrière, la zone brûlée.

Au coeur du territoire brûlé :

Presque la plage mais face à une mer de cendres…

Une rue de Wemotaci. Juste parce que la plupart des français ne se rendent pas compte de ce qu’est une « réserve indienne » : c’est un village, avec un statut légal particulier et des habitants qui étaient sur le continent avant les colons européens.

Et pour clore ce terrain, un magnifique coucher de soleil auquel on a au droit en quittant Wemotaci…

PS : vous avez vu comme je donne des informations sans citer les sources? Et ben ouais parce que c’est MON blog je fais qu’est-ce que je veux avec et si ça vous satisfait pas vous aurez qu’à lire mon mémoire! (moi stressée par ma rédaction? Je vois pas ce qui vous fait dire ça…)

PPS : malgré le PS ci-dessus, je précise que pour ceux-celles qui connaissent le sujet n’hésitez pas à me corriger si je dis des conneries!

Hey! Je vous ai pas dit?!!!

Il y a quelques temps, je me suis décidée à aller voir mon responsable de stage et à lui parler franchement. J’ai pris mon courage à deux mains et je lui ai fait ma demande officielle : « M. est-ce que tu accepterais de partager les (au moins) 5 prochaines années de ta vie avec moi, en tant que mon…directeur de doctorat jusqu’à ce que ma diplomation* nous sépare? » Et il a dit OUI!

Donc cette fois j’ai du concret : je vais effectivement revenir à Québec (à la session d’hiver peut-être?) pour 5 ans environ, je vais travailler sur un sujet en continuité avec mon stage actuel (ce qui m’enlève la frustration de ne pas aller au fond des choses en ce moment vu le peu de temps que j’ai) et au final je serai « docteur ». AWESOME!!!! 🙂

*Je sais ce mot n’est pas officiellement accepté mais j’ai l’impression qu’il est admis au Québec et je l’ai même trouvé sur des sites web d’universités françaises alors bon…

Résumé des épisodes précédents : « Alors que j’étais diplômée en biologie-écologie avec mon cerveau formaté à l’esprit de la recherche quantitative et de la recherche de LA vérité (même si elle est ailleurs) que seule la science occidentale peut nous apporter, j’ai décidé de quitter le monde simple et confortable de la lutte contre la destruction de l’environnement (lol) pour plonger dans un monde étrange et incertain : celui des sciences humaines.

Plus précisément j’ai attaqué un master/maîtrise [ndla : je m’adapte à mes lecteurs-trices québécois-es] en anthropologie de l’environnement en septembre dernier. Après avoir suivi 6 mois de cours destructurants et destructeurs des dogmes inculqués en sciences de la nature, je concrétise cet apprentissage (minimaliste on peut le dire) en réalisant un stage en anthropologie (de l’environnement toujours, je garde quand même un lien avec mon histoire sinon ça n’aurait aucun sens).

Et là c’est le drame. »

Imaginez, vous êtes dans votre petite vie tranquille, vous la gérez pas trop mal, quand il y a un problème ou un obstacle, même si c’est difficile, vous trouvez le moyen de le dépasser, etc. Et là un jour – bam! – vous vous retrouvez perdue sur une île, dans un environnement nouveau et d’apparence sauvage, entourée de gens qui ne réfléchissent pas forcément comme vous. Vous devez apprendre à communiquer avec ces personnes. Vous devez re-calibrer votre cerveau pour qu’il arrive à résoudre les problèmes qui se posent à vous dans cet endroit étrange, sachant que vous ne pouvez même pas anticiper 1/4 des problématiques qui vont s’imposer à vous dans l’avenir! Et surtout vous devez continuer à avancer même si vous n’avez aucune idée de là où ça va vous mener…

Et ben c’est ça quand vous devez passer d’une science dure à une science … heu… souple (spéciale cace-dédi Ju!). Que vous devez passer d’une recherche quantitative à une recherche qualitative. Que vous abandonnez une démarche déductive pour une démarche inductive. Et que vous quittez un monde constitué de faits qui eux-même constituent une réalité, pour un monde où la réalité est un concept remis en question et où il n’y a pas UNE vérité mais DES vérités. Faut y aller progressivement, et bien s’entourer, sinon c’est un coup à devenir fraking cinglée.

Si vous voulez pimenter un peu les choses vous pouvez aussi traverser l’Atlantique histoire d’être dans une culture et un système universitaire différents… (moi j’aime le piment même si ça fait pleurer et se moucher)

C’était un premier article sur des questions un peu plus liés à mon stage, j’en ferai d’autres histoire de partager mes doutes de stagiaire-pseudo-chercheure en anthropologie. Camarades EDTS n’hésitez pas à poster des comm pour débattre ou partager votre expérience!

Bon je posterai cet article demain après relecture parce qu’il paraît qu’on ne fait rien de bon après 2h du matin…

JEU EN PRIME : des références à 4 séries télé se sont glissées dans cet article, saurez-vous les retrouver??

La semaine dernière j’ai passé 2 jours à St Félicien, au Lac-Saint-Jean :
Agrandir le plan

J’y suis allée en bus, quelques images de la route (comme d’hab vous cliquez sur les photos pour les agrandir) :

Je le guettais depuis le début du voyage et enfin il est apparu : le grandiose Lac-Saint-Jean, au second plan sur la photo ci-dessous, BLANC, magnifique!

J’étais à un colloque sur les feux de forêt et je me sentais un peu comme une intruse voire une espionne (ce qui a un côté cool quand même). Parce que bon, j’ai une formation en écologie ok, mais là j’y étais en tant  « qu’éco-anthropologue », or la salle était pleine d’une centaine d’ingénieurs forestier, de biologistes et d’industriels forestiers pour l’essentiel.

A un moment on a eu un atelier de groupe où on devait réfléchir sur les questions de biodiversité et de régénération forestière après un feu. Alors que se posait le problème de lacunes dans les connaissances scientifiques concernant la colonisation des sites brûlés par la faune, j’ai fait une expérience. J’ai proposé l’idée de prendre en compte une autre forme de savoirs : les savoirs autochtones, les savoirs écologiques traditionnels des populations qui occupent les lieux depuis très longtemps. Il y a eu un GROS SILENCE. Malaise dans l’air. Tentative de trouver une bonne raison pour ne pas prendre en compte la proposition gênante (« ça serait plutôt pour la question suivante ça, non? ») et hop! On change de sujet. On n’en a plus reparlé. C’était assez comique! Mais aussi pathétique quand même cette incapacité à sortir des chemins habituels…

Sinon ce coin que j’ai visité au printemps dernier est toujours magnifique! Comme je vous l’ai dit plus haut, cette fois le Lac-St-Jean qui m’était apparu comme une mer intérieure la première fois, était recouvert de glace et de neige. Une immense surface blanche, blanche, blanche… Incroyable!

Ci-dessous la vue derrière mon hôtel (trop cher), c’est une rivière qui rejoint le Lac, je crois que c’est la rivière Ashuapmushuan (info wikipédia donc je veux bien confirmation ou correction de quelqu’un qui sait!).

Et la preuve que j’y étais pour de vrai (et aussi pour que vous puissiez voir la mode du printemps au Québec…sic) :

Autre élément marquant : alors que j’y avais échappé depuis mon arrivée, j’ai fait ma première chute sur une plaque de verglas! Outch! La loose quoi…

J’ai testé la microbrasserie de St Félicien avec des étudiants de l’université Laval (en foresterie bien sûr) rencontrés au colloque (bon, ok c’est pas vraiment les contacts professionnels que j’aurais dû privilégier mais humainement c’était vraiment des rencontres sympa!!).

Retour le jeudi, tempête de neige dans la réserve des Laurentides (on est le combien déjà? le 24 mars? Ah oui qd même…).